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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 07:54

hanif.jpgJe voudrais vous faire peut-être découvrir l’écrivain pakistanais Mohammed Hanif et son savoureux et étonnant roman « Attentat à la mangue ».

Mohammed Hanif est né en 1964 au Pakistan, à Okara. Après être sorti officier de l’académie de l’armée de l’air pakistanaise, Mohammed Hanif quitte le monde militaire pour devenir journaliste. Diplômé d’une université britannique, il devient correspondant à la BBC pour les informations en urdu, langue du Pakistan. Mohammed Hanif a écrit en 2008 son premier roman « Attentat à la mangue » qui sera récompensé en 2009 par le prix du Commonwealth. Aujourd’hui, Mohammed Hanif vit au Pakistan. PAKISTAN

Son roman «Attentat à la mangue » est surprenant : écrit avec finesse et ironie, ce roman évoque les derniers jours du dictateur pakistanais Zia, à travers une galerie de personnages amusants, parfois perdus, excentriques ou carrément inquiétants et terrifiants.

Mohammed Hanif s’inspire de la mort du Général Zia (voir la photo ci-dessous) en 1988 dans un accident d’avion dont les causes resteront mystérieuses. Le Général Zia, après un coup d’état en 1977 qui renversa le gouvernement mené par Zulfikar Ali Bhutto, le père de Benazir Bhutto, dirigera le Pakistan dans une atmosphère de dictature paranoïaque et islamiste. En effet, le Général Zia imposera le Coran, la religion musulmane en s’appuyant sur les religieux, les mollahs. Le Général Zia fera voter la loi contre le blasphème (blasphème contre la religion musulmane), imposera les châtiments publics, exigera que les femmes à la télé soient voilées, etc.

general-zia.jpgUne partie du roman «Attentat à la mangue » est présentée du point de vue d’un narrateur, jeune sous-officier qui souhaite venger le « suicide » de son père en tuant le Général Zia lors d’une cérémonie. Mais parmi l’entourage du dictateur certains ont la même idée, tandis que les Etats-Unis, alliés du Pakistan dans la guerre contre les Soviétiques lorsque ceux-ci avaient envahi l’Afghanistan, restent, au mieux, neutres sur un éventuel changement de pouvoir. Et c’est sans compter une malédiction lancée par une aveugle et relayée par un corbeau friand de mangues...

Le sujet pourrait paraître ardu et ennuyeux mais c’est le contraire. Le style de Mohammed Hanif est décalé. L’auteur manie la dérision avec subtilité. La distance ironique du narrateur nous emmène dans différents lieux peu sympathiques, cachot, salle de torture, académie militaire, mais nous les donne à voir sous un jour qui ne peut que faire rire ou sourire. La situation des personnages est pathétique, même dans le cas du Général Zia, et l’enchaînement des événements est fluide et nous emporte, à grande vitesse, vers la fin inéluctable et hallucinante du dictateur.

Ce roman est aussi l’occasion de découvrir le Pakistan à la fin des années 80, quand la guerre froide était encore une réalité.livre-hanif.jpg

J’ai lu ce roman presque d'une traite, peut-être trop vite, mais je peux dire qu’il y a très longtemps que je n’avais pas pris un tel plaisir à lire, à suivre les péripéties de personnages de fiction ou empruntés à la réalité historique. Je terminerai en disant que, et je ne sais pas dire exactement pourquoi, le style de « Attentat à la mangue » m’a fait penser à un auteur britannique, Wodehouse, qui relata, entre 1914 et 1940, les aventures rocambolesques d’un valet de chambre, Jeeves, et de son maître.

 

 Marie-Laure Tena – 7 mai 2011