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12 avril 2013 5 12 /04 /avril /2013 16:18

Le 17 octobre 2012, j’ai rédigé un article sur les événements parisiens du 17 octobre 1961. Peu après, Hocine Louanchi, fils de Harki, m’a contactée et m’a envoyé un lien Daily motion sur un documentaire retraçant les conditions de vie des Harkis en France : « Les camps de la honte ». Après s’être battus pour la France, avoir fui http://a400.idata.over-blog.com/600x300/5/01/58/05/Belles-Photos/Gallerie-1/HARKIS4.jpgleur pays souvent grâce à des officiers français désobéissant à leur hiérarchie, les Harkis sont véhiculés, déplacés, encadrés et parqués, la nuit, toujours la nuit. Dépossédés de leur culture et de leur identité, les Harkis peu à peu intègrent la société française après des années de camps. Le documentaire illustre la condition harki grâce à différents témoignages éloquents.

Houcine Louanchi, arrivé en France en 1963, fait partie de ceux qui se sont battus en 1975 pour obtenir la dissolution du camp de Saint Maurice l’Ardoise. Houcine Louanchi revient sur sa jeunesse et sur les événements de 1975 qui aboutiront à la fermeture de deux camps à la fin de l’année 1976. Aujourd’hui, les Harkis souhaitent que le camp de Saint Maurice l’Ardoise devienne un lieu de mémoire. Pour découvrir ce documentaire, cliquer ici.

Mais qui sont les Harkis ? Le mot « harki » est issu du mot « harka » désignant une brigade. Les Harkis constituaient des brigades complémentaires ou supplétives aux forces françaises en Algérie et au Maghreb. Ces harkas étaient constituées par des soldats musulmans, originaires d’Afrique du Nord, recrutés sur place, Maghrébins ou Berbères.

A l’époque de l’Algérie française, l’administration était supervisée par des Français mais de nombreuses tâches étaient dévolues aux Algériens. L’Armée française comprenait des harkas créées entre 1954 et 1956 pour répondre aux actions du FLN, les indépendantistes algériens. En 1957, les harkas recensent près de 27 000 hommes, recrutés localement. En 1958, un décret déclare que tous les habitants de l’Algérie sont français. En 1960, le nombre de Harkis passe de 27 000 à 60 000. L’année suivante, la hiérarchie militaire française tente de rassurer les Harkis sur leur avenir après la guerre d’Algérie. En 1962, le Premier Ministre français déclare que les Algériens s’installant en Métropole, autrement dit en France, pourront récupérer leur nationalité française. Dans le courant de l’été 1962, l’effectif des Harkis chute considérablement et http://a406.idata.over-blog.com/299x200/0/37/16/31/herveline5.jpgnombre d’entre eux rejoignent le maquis et l’ALN, l’Armée de Libération Nationale, bras armé du FLN. En France, le premier camp destiné à accueillir les Harkis ouvre.

En juillet 1962, l’Algérie retrouve son indépendance et le sort des Algériens travaillant toujours pour la France devient périlleux. On estime à plus de 90 000 à 150 000 le nombre de Harkis massacrés. En 1963, près de 20 000 familles arriveront à quitter l'Algérie pour rejoindre la France mais pour être aussitôt enfermées dans des camps entourés de barbelés. Les Harkis qui ont quitté leur pays, parfois leurs amis et leur famille, se sentent isolés et abandonnés par les autorités françaises qui ont créé deux catégories pour le rapatriement : les rapatriés de souche européenne réintégrés à la société française et les Français d’origine nord-africaine que l’on place dans des camps.
En 1963, le Président algérien Ben Bella reconnaît que 1 200 anciens Harkis sont emprisonnés en Algérie. Ce chiffre est cependant contesté par les historiens qui estiment qu’il est sous-évalué. En 1964, le Ministre français des rapatriés demande que l’on propose des logements HLM aux Harkis une fois que les rapatriés européens seront eux-mêmes relogés. Dans les années 66 et 68, des anciens harkis sont libérés des prisons algériennes. En 1970, commence la lutte du camp de Saint Maurice l’Ardoise. En 1973, la distinction entre rapatriés de souche européenne et rapatriés de souche nord-africaine est abolie car inconstitutionnelle, mais la loi de 1978 sur les indemnisations reste axée sur les rapatriés européens et ne concernent pas les Harkis. La première loi d’indemnisation pour les Harkis sera votée en 1987 (correspondant à ce qu’ils ont laissé en Algérie).

Aujourd’hui, les Harkis constituent toujours une question politique entre la France et l’Algérie. En 2000, le Président algérien Bouteflika a comparé les Harkis aux « collabos » français de la Seconde guerre mondiale. En France, de temps en temps, les enfants de Harkis défilent ou manifestent pour une meilleure reconnaissance, comme en 2004 à Paris.

Pendant son mandat, Nicolas Sarkozy a proposé un plan de retour à l’emploi pour les descendants de Harkis mais ce plan a fait l’objet d’une condamnation du Conseil d’Etat. Lors de la campagne présidentielle de 2012, les deux candidats, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ont été interpellés sur la question des Harkis. François Hollande s’est alors engagé par écrit à reconnaître la défaillance de la France dans la gestion du rapatriement des Harkis et à prendre en charge le dossier Harki.

Marie-Laure Tena – 10 avril 2013

Sources : documentaire de Hocine Louanchi – Harki.net – Harkisetverite.com

17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 17:18

in-amenas.jpgDepuis hier, le site gazier d’In Amenas, au sud de l’Algérie, non loin de la frontière libyenne, a été attaquée par une trentaine de terroristes islamistes qui exigent non seulement la libération de certains compagnons d’armes des prisons algériennes mais aussi le départ de l’armée française du Mali. D’après les sources officielles, ces terroristes islamistes seraient Algériens et ne viendraient pas du Mali mais peut-être de Libye. Le site gazier d'In Anemas était a priori sécurisé par des sociétés de sécurité privées. A noter que 700 soldats algériens sont en poste dans la région d'In Anemas mais qu'ils n'ont pas eu les moyens de réagir à temps. Aujourd’hui, l’armée algérienne a tenté de reprendre le contrôle du site gazier d’In Amenas mais l’opération a causé la mort de terroristes et de nombreux otages. In Amenas est une commune algérienne de plus de 7 000 habitants dont la particularité est d’accueillir un site industriel créé dans les années 60 pour exploiter du pétrole. Mais c'est en 2007 que l'actuel site gazier à été construit. In Amenas est située dans une zone d’influence d’AQMI. Le site gazier est cogéré par BP, la société britannique British Petroleum, la société norvégienne Statoil et l’entreprise algérienne Sonatrach. La société française Cis Catering est responsable de la base de vie sur le site gazier d’In Amenas.

L’Algérie serait le huitième producteur de gaz naturel du monde, richesse première du pays. L’Algérie est ainsi le seul pays du Maghreb doté d’une ressource stratégique. En effet, le gaz naturel a des atouts sur le nucléaire et devrait devenir ou redevenir une ressource clé pour tous les pays limitant ou arrêtant la production algerie-2.jpgd’électricité issues des centrales nucléaires, tels que l’Italie, l’Espagne, etc.

L’Algérie fournit à l’Union Européenne, dont la France, 11 % de ses besoins en gaz. Le site d’In Amenas représente à lui seul 12 % de la production totale de gaz naturel en Algérie (soit 9 Mds de m3 par an). En 2011, le Ministre algérien de l’Energie a considéré que l’Algérie avait encore 25 000 milliards de m3 de réserve en gaz naturel contre 45 000 milliards de m3 pour la Russie. Ces chiffres communiqués par le Ministre algérien restent à confirmer puisque certains évoquent plutôt le chiffre de 15 000 milliards de m3 en réserve dans le sous-sol algérien. Actuellement, le plus grand site gazier algérien est le site d'Hassi R'mel, commune de plus de 22 000 habitants, au nord de l'Algérie. Ce site fut créé en 1956.

L’autre grand producteur de gaz, premier au monde avec 35 % des réserves mondiales, et fournisseur de l’Europe est la Russie, sous la surveillance étroite de l’Administration Poutine. L’Iran et le Qatar se situent juste derrière la Russie. L’Algérie serait donc en réalité la dixième plus grande réserve mondiale de gaz naturel et la deuxième d’Afrique après le Nigéria. A confirmer car les chiffres varient selon les sources.

Les défis de l’Algérie pour l’exploitation du gaz naturel sont sa capacité à assurer la sécurité des sites, comme nous le découvrons depuis hier, et sa gestion prévisionnelle à long terme des gisements de gaz dont la durée de vie peut varier de 45 à 12 ans, selon la fluctuation des prix du marché et selon le mode d’exploitation et d’exportation.

Marie-Laure Tena – 17 janvier 2013

 

Sources : usinenouvelle.com – « Le gaz algérien » Francis Ghiles, Financial Times – Lesafriques.com – Chaînes d’info continue

18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 08:53

Le Président Hollande a soulevé une polémique en reconnaissant la responsabilité de la police française dans la algerie.jpgrépression sanglante de la manifestation d’Algériens, le 17 octobre 1961. Qu’en est-il exactement ? Je vais essayer de resituer le contexte de cette manifestation du 17 octobre 1961.

Il faut rappeler plusieurs faits : l’Algérie est alors une colonie française depuis 1830. En 1954, c’est le début réel de la révolte algérienne contre la France et la volonté du pays de redevenir indépendant. En novembre, c’est ce que les historiens appelleront « la Toussaint rouge ». Le FLN commet de nombreux attentats en Algérie contre les institutions et les représentants du pouvoir français (militaires tués, incendies, attaques de gendarmeries, etc.). On peut également citer la fusillade d'Oran, ville d'Algérie, en juillet 1962 qui provoqua la mort de nombreux ressortissants français (les journaux parlent alors de plus de 90 morts et de 165 blessés).

En 1961 sont ouverts des pourparlers entre la France et l’Algérie afin de résoudre le conflit algérien et d’arriver certainement à l’indépendance du pays. Tout le long de l’année 1961, les négociations politiques se poursuivent avec de nombreux points d’achoppement. Lorsque les négociations arrivent au point mort, le FLN réédite une série d’attentats.

fln-mna.jpgC’est à partir de l’été 1961 que le conflit franco-algérien s’étend au territoire métropolitain et à la région parisienne en particulier. Des attentats perpétrés par le FLN ont lieu sur la région parisienne. Des factions rivales algériennes s’entretuent également. En outre, plus de vingt policiers français sont assassinés par des militants algériens du FLN (Front de Libération Nationale). Leurs collègues réclament alors plus de sécurité au Préfet de Police de Paris, Maurice Papon. Maurice Papon, collaborateur des Allemands pendant la Seconde guerre mondiale et qui sera condamné en 1998 pour crimes contre l’Humanité, est alors un Préfet de police « efficace ». On lu reconnaît une certaine brutalité dans ses consignes lorsqu’il était en poste en Algérie, à Constantine, à la fin des années 50, et qu’il faisait pratiquer la torture sur les militants algériens. A Paris, en 1961, Maurice Papon, en réponse aux attentats, fait organiser des rafles et des descentes dans les quartiers où résident les familles algériennes. En réponse à l’insécurité grandissante dans la région parisienne, Maurice Papon décide aussi, le 5 octobre 1961, d’interdire aux Algériens de circuler la nuit dans Paris. Ce couvre-feu est considéré comme discriminatoire. Les Algériens de Paris sont conviés par le FLN à manifester leur désapprobation le 17 17oct61.jpgoctobre 1961 sur les Champs Elysées.

Le 17 octobre 1961, la police quadrille le secteur prévu pour la manifestation, interdite pourtant par le Préfet Papon sur ordre du Général de Gaulle.

Les manifestants seront frappés, tabassés, poursuivis dans le métro, sur les rives de la Seine dans laquelle certains seront jetés. Les historiens estiment le nombre de victimes entre 50 et 300. La difficulté d’évaluer le nombre de victimes est due à la disparition d’un bon nombre de personnes (dans la Seine ? Ou bien qui se seraient fondus dans l’anonymat ?). L’enquête policière n’est pas vraiment menée, ce qui explique l’imprécision des données historiques. En revanche, l’on sait que près de 10 000 Algériens seront interpellés et gardés à vue pendant quatre jours au Centre de Vincennes, dans des conditions indignes des droits de l'homme.

Dans les jours qui suivent la manifestation du 17 octobre 1961, la presse de l’époque, de gauche comme de droite, s’indigne et certains journaux seront saisis par les pouvoirs publics. Une chape de plomb tombe sur l’événement.

En juillet 1962, l'Algérie retrouve son indépendance.

Marie-Laure Tena – 18 octobre 2012 

Sources : Herodote.net -  17octobre1961.org – LeMonde.fr – Legrandsoir.info