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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 08:53

Le Président Hollande a soulevé une polémique en reconnaissant la responsabilité de la police française dans la algerie.jpgrépression sanglante de la manifestation d’Algériens, le 17 octobre 1961. Qu’en est-il exactement ? Je vais essayer de resituer le contexte de cette manifestation du 17 octobre 1961.

Il faut rappeler plusieurs faits : l’Algérie est alors une colonie française depuis 1830. En 1954, c’est le début réel de la révolte algérienne contre la France et la volonté du pays de redevenir indépendant. En novembre, c’est ce que les historiens appelleront « la Toussaint rouge ». Le FLN commet de nombreux attentats en Algérie contre les institutions et les représentants du pouvoir français (militaires tués, incendies, attaques de gendarmeries, etc.). On peut également citer la fusillade d'Oran, ville d'Algérie, en juillet 1962 qui provoqua la mort de nombreux ressortissants français (les journaux parlent alors de plus de 90 morts et de 165 blessés).

En 1961 sont ouverts des pourparlers entre la France et l’Algérie afin de résoudre le conflit algérien et d’arriver certainement à l’indépendance du pays. Tout le long de l’année 1961, les négociations politiques se poursuivent avec de nombreux points d’achoppement. Lorsque les négociations arrivent au point mort, le FLN réédite une série d’attentats.

fln-mna.jpgC’est à partir de l’été 1961 que le conflit franco-algérien s’étend au territoire métropolitain et à la région parisienne en particulier. Des attentats perpétrés par le FLN ont lieu sur la région parisienne. Des factions rivales algériennes s’entretuent également. En outre, plus de vingt policiers français sont assassinés par des militants algériens du FLN (Front de Libération Nationale). Leurs collègues réclament alors plus de sécurité au Préfet de Police de Paris, Maurice Papon. Maurice Papon, collaborateur des Allemands pendant la Seconde guerre mondiale et qui sera condamné en 1998 pour crimes contre l’Humanité, est alors un Préfet de police « efficace ». On lu reconnaît une certaine brutalité dans ses consignes lorsqu’il était en poste en Algérie, à Constantine, à la fin des années 50, et qu’il faisait pratiquer la torture sur les militants algériens. A Paris, en 1961, Maurice Papon, en réponse aux attentats, fait organiser des rafles et des descentes dans les quartiers où résident les familles algériennes. En réponse à l’insécurité grandissante dans la région parisienne, Maurice Papon décide aussi, le 5 octobre 1961, d’interdire aux Algériens de circuler la nuit dans Paris. Ce couvre-feu est considéré comme discriminatoire. Les Algériens de Paris sont conviés par le FLN à manifester leur désapprobation le 17 17oct61.jpgoctobre 1961 sur les Champs Elysées.

Le 17 octobre 1961, la police quadrille le secteur prévu pour la manifestation, interdite pourtant par le Préfet Papon sur ordre du Général de Gaulle.

Les manifestants seront frappés, tabassés, poursuivis dans le métro, sur les rives de la Seine dans laquelle certains seront jetés. Les historiens estiment le nombre de victimes entre 50 et 300. La difficulté d’évaluer le nombre de victimes est due à la disparition d’un bon nombre de personnes (dans la Seine ? Ou bien qui se seraient fondus dans l’anonymat ?). L’enquête policière n’est pas vraiment menée, ce qui explique l’imprécision des données historiques. En revanche, l’on sait que près de 10 000 Algériens seront interpellés et gardés à vue pendant quatre jours au Centre de Vincennes, dans des conditions indignes des droits de l'homme.

Dans les jours qui suivent la manifestation du 17 octobre 1961, la presse de l’époque, de gauche comme de droite, s’indigne et certains journaux seront saisis par les pouvoirs publics. Une chape de plomb tombe sur l’événement.

En juillet 1962, l'Algérie retrouve son indépendance.

Marie-Laure Tena – 18 octobre 2012 

Sources : Herodote.net -  17octobre1961.org – LeMonde.fr – Legrandsoir.info