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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 17:56

Le livre

La Frontière, 89 pages, format A4, est paru aux Editions Lulu.com, à la demande. C’est un roman présenté par son auteure comme un « roman poétique ». Le roman « La Frontière » a été refusé par les maisons d’édition classiques, sans doute pour le sujet qu’il évoque : le monde psychiatrique.

L’auteure

Lucie Léanne se présente sur son blog comme un écrivain, ayant le goût des mots et de la littérature. Elle a déjà été publiée par diverses maisons d’éditions comme « Les Lettres du monde ». Il y a peu d’éléments sur Lucie Léanne, hormis la photo d’une jeune femme blonde.

Le contenu

La narratrice, Milena, sort de l’isolement et se mêle aux autres patients d’une structure psychiatrique, où sévissent des infirmières dénuées de compassion et d’attention et un psychiatre lointain, qui pense d’abord à la thérapie chimique plutôt qu’à la prise de parole. On y découvre la douche hebdomadaire, les pyjamas sales, les longs couloirs douteux, la maltraitance, sauf quand il y a l’inspection de la Directrice. L’humour, la poésie et l’humanité, les défaillances, la folie et la souffrance aussi, sont du côté des patients, hommes et femmes, qui se croisent, discutent et se disputent, rient, s’évitent, échangent leurs délires et leurs espoirs. Milena observe cet univers où les patients, comme elle, sont terrifiés par le personnel médical mais savent parfois se dresser avec violence. Milena évoque son refuge mental, ses peurs, sa rage destructrice, son enfance en de vagues et fugitifs souvenirs. Elle a un projet qu’elle va vouloir mener à terme, qu’elles qu’en soient les conséquences.

Mon avis

J’avais envie de lire ce livre car le sujet m’intéresse. Que sait-on de la vie des patients d’un hôpital ou clinique psychiatrique ? On les « shoote », on les abrutit de médicaments mais qu’en est-il du travail thérapeutique, de la réinsertion, de la dignité humaine ? Le constat dessiné dans ce roman est affligeant. On en est presque à comprendre la révolte inquiétante de certains patients dont Milena. Là, me vient à l’esprit l’ouvrage professionnel « L’effort pour rendre l’autre fou » qui, au contraire du psychiatre du roman, suggère que les interactions entre le médecin et le malade, entre le malade et son entourage proche ont un impact. A ce propos, qui est malade ? Qui le définit ? Qui déclare la fin de la maladie ? L’étude de Rosenhan dans les années 70 sur le pouvoir des psys est terrifiante. On comprend mieux le désir de liberté, le désir de franchir la frontière exprimé par Milena.

Si le sujet est lourd, le style est un plaisir ! C’est effectivement « un roman poétique » où les images, les métaphores et les couleurs jaillissent pour illustrer le contexte et les tourments de Milena. L’écriture est légère, passant de la tendresse à la violence nue. L’humour malicieux, les descriptions cocasses des personnages et de certaines situations permettent au lecteur ou lectrice de s’immerger sans être écrasé(e) par le sujet. C’est un livre que je recommande pour le thème et pour le style.

Pour terminer, si Isabelle, une des patientes, me demandait « quel animal êtes-vous ? », je répondrais « un ornithorynque »…

Marie-Laure Tena – 2 août 2015

cf "L'effort pour rendre l'autre fou"

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