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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 10:01

Le livre

Jésus le Dieu qui riait, 320 pages, est paru aux éditions « Le livre de Poche » en décembre 2001. C’est un roman proposant une relecture joyeuse de seize récits des Evangiles.

L’auteur

Didier Decoin, membre de l’Académie Goncourt, est journaliste, romancier et scénariste. Co-fondateur de la SCAM (Société civile des auteurs multimédia), et ancien directeur des programmes de fiction d’Antenne 2 (France2), Didier Decoin a rédigé plus de trente ouvrages, dont « John l’Enfer » prix Goncourt 1977. Il reçoit Dieu dans sa vie, « moment indicible » et partage son expérience dans plusieurs ouvrages. Depuis 2012, il est le Président de Festival International des programmes audiovisuels (FIPA).

Le contenu

Jésus le Dieu qui riait s’ouvre rapidement sur le personnage de Marie visitée par un ange, en proie aux doutes de son entourage et de son mari Joseph qui décide de croire en elle : « Oui, mais il s’appelle Gabriel ». Elle avait l’air de penser que c’était bien la preuve qu’il était un ange… ».

Puis, l’histoire s’enchaîne. Jésus pourrait être un « Tanguy » du nom du film d’Etienne Chatiliez. Il a trente ans, vit chez sa mère, traîne avec des amis poussiéreux et toujours affamés. La tendresse et l’humour règnent dans la maison de Marie et autour de Jésus. Lui-même sourit et rit aux facéties de la vie qu’il mène jusqu’à là. On en vient aux Noces de Cana où il commence à se révéler par le fameux miracle de l’eau changée en vin. Marie sait dès le début que son fils peut réaliser des prouesses hors normes.

Jésus prend le chemin de Jérusalem en compagnie de ses proches amis, pour fêter la Pâque. C’est le début d’une vie agitée de trois années en mouvement, d’un destin palpitant. Jésus observe, écoute, sonde les cœurs, lit les esprits, guérit les maladies, les malformations, commande au vent et aux démons, domine la mort, toujours avec bienveillance et sourire. Plus il marche, plus il est suivi par une foule, une horde de quémandeurs, de miséreux, de malades, de lépreux. Tous lui réclament d’être soigné, guéri, de retrouver une vie normale parmi les leurs. Ce sont le bruit de la foule en marche, des sollicitations, des gémissements, des querelles et des éclats de rire, mais aussi l’odeur de la saleté, de la maladie et des repas faits en chemin, de la poussière de la route qui accompagnent Jésus en Galilée et jusqu’à Jérusalem, son dernier voyage avant sa mort et sa résurrection. Jésus voit la détresse profonde de cette humanité qui le harcèle, qui veut le toucher, lui parler, l’accueillir. Ils ont tous besoin d’être aimés, reconnus, ils ont besoin d’espoir et de respect. Ils s’attendent à changer. Ils veulent des miracles et Jésus leur en donne, jusqu’à la lassitude... Jusqu’à quand auront-ils besoin de signes ?

Après la passion de Jésus Christ (chemin de croix, crucifixion) sur laquelle l’auteur passe, celui-ci évoque le touchant et merveilleux passage de la découverte de la tombe vide par les femmes venues prendre soin du corps de leur Messie. Puis c’est l’émouvante et surprenante rencontre de deux pèlerins avec Jésus ressuscité sur le chemin d’Emmaüs. Là encore, ces moments sont des occasions d’émerveillement, de joie ou de rires pour leurs protagonistes.

Mon avis

Je me suis toujours demandé si Dieu, Jésus, riait. Le rire et la joie font partie de ma philosophie de vie. Et Dieu fait partie de mon âme et de mes centres d’intérêts. Il était donc naturel qu’un jour ou l’autre je lise Jésus le Dieu qui riait de Didier Decoin.

L’auteur donne vie et corps aux pensées de l’entourage de Jésus. Les femmes y jouent un grand rôle comme dans les textes évangéliques originaux. Les apôtres tâtonnent mais sont de bonne volonté. Les doutes, les interrogations, les traits d’humour, l’incrédulité, la colère et la révolte, les bons mots, les situations cocasses et les rires qui s’en suivent émaillent la relation de Jésus avec ses apôtres, la foule qui le suit, les personnages qu’il rencontre dans les villages. Les sens du lecteur ou lectrice sont sollicités : l’odorat avec les remugles transportés par la foule, les mendiants, les pauvres et les malades ; la vue par la description des lieux, des arbres et des fleurs, des maisons et de leurs couleurs au fil du soleil ; le toucher avec la description des tuniques, des pierres, de la poussière ; l’ouïe avec cette pagaille permanente, ces cris « Rabbi, Rabbi », l’hilarité qui se propage, les approbations, les réclamations… C’est un livre sensoriel.

Et pourtant, j’aurais plutôt opté pour le titre suivant « Jésus le Dieu tendre et patient ». Il rit, il sourit mais ce sont bien ses contemporains, ses disciples, les quémandeurs qui rient le plus. Des rires et des sourires de toutes sortes, le rire franc de celui qui a assisté à une bonne blague, le rire d’émerveillement, le rire de soulagement, le sourire de complicité, le sourire d’être ensemble, d’être bien… Par moment, la turbulence des personnages, leur simplicité, leur humour, leurs questionnements m’ont rappelé certains personnages des nouvelles d’Isaac Bashevi Singer.

Jésus le Dieu qui riait est un livre facile à lire, léger, qui permet de reprendre contact avec Jésus, non pas seul et austère, mais inséré dans un monde vivant, tumultueux et propice à l’humour.

Marie-Laure Tena – 12 mai 2015

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